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← Retour au dossier RCU Nord-Est · note annexe · 8 octobre 2026

Point biomasse : qui va manger le bois de Provence ?

Note de travail, Donut Marseille / urgence-marseille.fr, 8 octobre 2026. Chaque chiffre renvoie à une pièce du dossier sources/ (numéro de dossier entre crochets). Les estimations propres à cette note sont signalées comme telles.

1. Pourquoi la question se pose

Les deux réseaux de chaleur publics que la Ville de Marseille veut concéder reposent chacun sur une chaufferie bois : 17 MW pour le RCU Nord (15e-16e, rapport du 12 décembre 2024 [01]) et 18 MW pour le RCU Nord-Est (13e, 14e, 4e, rapport du 18 août 2026 [01]). Aucun des deux rapports ne dit combien de tonnes de bois il faudra, d'où elles viendront, ni à quel prix. Or la ressource forestière de Provence est déjà sollicitée par trois grandes centrales électriques et, jusqu'en août 2026, par la plus grosse papeterie du Sud de la France.

2. Combien de bois pour les réseaux marseillais ? (estimation)

Le seul réseau comparable du territoire dont les chiffres sont publics est celui d'Aix-en-Provence (Encagnane, Fenouillères, hôpital ; concession Engie / APEE). En 2021, il a livré 111 846 MWh à 140 abonnés avec un mix de 62,9 % de bois, et a brûlé pour cela 26 983 tonnes de plaquettes venues d'un rayon moyen de 36 km (synthèse du compte rendu d'activité 2021 [02]). Soit environ 2,6 MWh livrés par tonne de plaquettes, pertes de réseau et rendement de chaudière compris. En 2020, les achats s'élevaient à 21 472 t pour 65 582 MWh PCI et 1,41 M€ HT, soit 21,5 € HT/MWh PCI (rapport du délégataire 2020 [02]).

RéseauChaleur livréePart du bois dans le mixChaleur issue du boisTonnes de plaquettes par an (estimation à 2,6 MWh/t)
RCU Nord (15e-16e)88 GWh (rapport 2024)50 % (Ville, décembre 2024 ; le reste : 32 % thalassothermie, 6 % solaire, 12 % gaz)≈ 44 GWh≈ 17 000 t (14 000 à 20 000)
RCU Nord-Est (13e, 14e, 4e)≈ 120 GWh (46 km × 2,6 MWh/ml, rapport 2026)non précisée : 12 MW de chaleur fatale + 18 MW de bois = 80 % d'EnR&R, appoint gaz24 à 48 GWh selon la part réellement couverte par la chaleur fatale de Sainte-Marthe9 000 à 20 000 t
Total Marseille≈ 208 GWh≈ 25 000 à 40 000 t par an

Ordre de grandeur cohérent avec d'autres réseaux : la chaufferie de Saint-Denis (26,5 MW) est dimensionnée pour 38 000 t par an (Connaissance des énergies, 2024 [08]). Autrement dit, les deux réseaux marseillais consommeraient autant de bois que le réseau d'Aix (27 000 t) et à peu près ce que toutes les chaufferies collectives de la région consommaient au milieu des années 2010 (≈ 80 000 t pour 260 chaufferies, OFME, cité par le Parc du Luberon [08]).

Le prix du combustible a fortement monté : 21,5 € HT/MWh PCI payés par le réseau d'Aix en 2020 ; 48,35 € HT/MWh PCI retenus en 2025 dans le dossier Fonds chaleur de la chaufferie du centre de gérontologie de Montolivet (Dalkia, volet technique annexé à la délibération métropolitaine du 15 décembre 2025 [02]). Un doublement en cinq ans, qui se retrouvera dans le terme R1 des abonnés.

3. Les grands consommateurs du bassin d'approvisionnement

InstallationExploitant, mise en servicePuissanceBois consommé ou prévu (t/an)Rayon, origineSource
Centrale biomasse de Provence (Gardanne-Meyreuil), ex-tranche charbon 4GazelEnergie (EPH), 2016, relancée fin 2025150 MWe (électricité, pas de chaleur livrée aujourd'hui)Plan 2015 : 831 000 à 855 000 t. Réalisé 2018-2023 : ≈ 127 000 t/an, dont 59 % importées. Plan 2023-2025 (5 000 h) : 335 000 t de plaquettes françaises + 150 000 t importées + 60 000 t de broyats, soit 545 000 t de biomasse (+ 100 000 t de combustibles fossiles). Arrêté du 20 novembre 2025 (4 000 h) : 450 000 t, dont 240 000 t de plaquettes locales, 150 000 t importées (Espagne 85 000, Brésil 60 000, Italie 5 000) et 60 000 t de bois de seconde vie17 départements de PACA, Occitanie et AURA, rayon 240 km ; plaquettes françaises prévues à 38 % de PACA, 33 % d'Occitanie, 12 % d'AURA, 17 % ailleurs ; pin d'Alep 36 %Avis de l'Autorité environnementale du 5 décembre 2024, p. 11 et 26 ; AFP 28 décembre 2025 ; CGT Forêt juin 2026 [08]
Sylviana (Brignoles, Var)Inova puis Idex (depuis 2020), 201621,5 MWe (électricité seule, vapeur sans preneur)180 000 t/an prévues : 140 000 t de bois forestier + 40 000 t de bois déchet de classe A ; 115 000 t de bois local mobilisées sur 2017-2018 ; réorientation vers plus de bois déchet en 2019100 km maximumJournal des entreprises 2015 ; Caisse des Dépôts 2020 ; préfecture 13 février 2017 ; DRAAF 2021 [08]
Centrale de Pierrelatte (Drôme)Coriance, octobre 201212 MWe + 15 MWth (serres, Orano, ville)≈ 150 000 t/an autorisées ; très en dessous les premières années (≈ 20 000 t la première année selon un militant cité par Reporterre)Drôme, Ardèche, VaucluseReporterre ; Géorisques [08]
Papeterie Fibre Excellence (Tarascon)Paper Excellence, fermée le 28 août 2026 (liquidation prononcée le 29 juillet 2026, 270 salariés)pâte à papier + cogénération (turbine BioWatt 25 MW, 2023)1,15 à 1,2 million de tonnes de bois par an à pleine capacité (80 % de bois d'éclaircie, 20 % de connexes de scierie), dont environ 280 000 t de bois régional selon le diagnostic du PCAEM (2019) ; production arrêtée en mars 2026 faute de bois250 km, 90 % de forêts françaisesUsine Nouvelle ; ICI 28 août 2026 ; PCAEM diagnostic p. 89 [02] [08]
Réseau de chaleur d'Aix-en-ProvenceEngie / APEE, concession 2011-202361 MW installés (bois, cogénération gaz, gaz)26 983 t (2021), 21 472 t (2020)36 km en moyenneCRA 2021 et 2020 [02]
Autres réseaux de la Métropole (Salon Coriance, Aubagne, Coudoux, campus de Luminy) et chaufferies collectivesdiversde 1 à 10 MWquelques milliers de tonnes chacun ; 307 chaufferies et réseaux approvisionnés par 25 plateformes en PACA (Communes forestières, 2020)circuits courts[08]
RCU Nord + RCU Nord-Est (Marseille)à concéder, 2028-203617 + 18 MW≈ 25 000 à 40 000 t (estimation, § 2)à définir par les candidats[01]

Lecture : à elle seule, Gardanne demande dans son plan 2025 dix fois plus de bois que les deux réseaux marseillais réunis, et son histoire montre qu'elle n'a jamais trouvé ce bois : 127 000 t par an entre 2018 et 2023, aux trois cinquièmes importées. Le marché régional des plaquettes est un marché où le plus gros acheteur fixe le prix (le Parc du Luberon chiffre à 15 à 20 % le surcoût subi par les petites chaufferies quand les centrales tirent les prix [08]).

4. La ressource : beaucoup de forêt, peu de bois mobilisable

IndicateurValeurSource
Surface forestière de PACA≈ 1,5 million d'hectares, 48 % de la région ; 40 % difficilement accessible ; 220 000 propriétaires privésPCAEM, diagnostic 2019, p. 89 [02]
Accroissement biologique annuel3,1 millions de m³ par an ; moins d'un tiers est récoltéDRAAF PACA, Agreste n° 118, avril 2021 [08] ; PCAEM
Récolte commercialisée≈ 860 000 m³ en 2019 (−2 %), bois d'industrie et bois énergie majoritaires ; bois énergie en baisse dans toute la zone de chalandise des deux centrales ; bois certifié passé de 35 % à 26 %DRAAF 2021 [08]
Volume sur pied117 → 124 millions de m³ entre 2010 et 2016 : la forêt capitaliseDRAAF 2021 [08]
Gisement supplémentaire de bois énergie≈ 580 000 t à l'échelle régionale ; potentiel net 1 600 GWh/an en PACA mais seulement 21 GWh/an sur le territoire de la MétropolePCAEM, diagnostic 2019, p. 89 [02]
Bois résineux d'industrie exploitable dans les Bouches-du-Rhône43 500 m³ par an, soit ≈ 100 000 MWh/an (Côte Bleue, nord d'Aix, Étoile, Sainte-Baume, Arbois)PCAEM, diagnostic 2019, p. 89 [02]
Ressource résiduelle du bassin des 17 départements (hors Gardanne)1,77 Mm³ en 2018 ; 2,47 à 3,24 Mm³ en 2035 ; Gardanne en prend jusqu'à 22 % (0,55 Mm³)Étude Irstea 2018 reprise par l'Autorité environnementale, avis du 5 décembre 2024, p. 26 [08]
Production biologique netteen baisse : −13 % au niveau national entre 2007-2015 et 2014-2022, −4 % en PACA (2,5 → 2,4 Mm³/an), −18 % en Auvergne-Rhône-Alpes ; l'Ae demande une mise à jour de l'étude de ressource et une hypothèse prudente sur le changement climatiqueIFN, cité par l'avis Ae p. 26 [08]
Bois d'industrie et bois énergie (« BIBE ») disponibles en PACA en 2030827 000 m³ (≈ 620 000 t) de disponibilité technique selon le schéma régional biomasse ; sur cette base, l'exploitant de Gardanne propose de plafonner ses prélèvements à 125 000 t par an en PACA (110 000 t en Occitanie, 50 000 t en Auvergne-Rhône-Alpes, 50 000 t ailleurs) pour 2025-2027Mémoire en réponse de GazelEnergie à l'Autorité environnementale, 2025, p. 44-46 [08]
Objectif publicPRFB 2019-2029 : doubler la récolte, soit 1 600 000 m³ par an en 2029 (200 000 m³ de bois d'œuvre, 500 000 m³ de bois d'industrie, 900 000 m³ de bois énergie), alors que la récolte « est redescendue à 700 000 m³ en 2022 »PRFB cité par le mémoire GazelEnergie 2025 [08] ; DRAAF

5. Ce qu'il faut en retenir pour le RCU Nord-Est

  1. Le bois de Marseille n'est pas à Marseille. Les Bouches-du-Rhône n'ont que 43 500 m³ de résineux exploitables par an, l'équivalent de 100 GWh : moins que les besoins cumulés des deux réseaux. Les plaquettes viendront du Var, des Alpes ou d'ailleurs, sur les mêmes massifs que Gardanne, Brignoles et le réseau d'Aix.
  2. Le marché est dominé par un acheteur de 450 000 t qui n'a jamais rempli son plan et importe 150 000 t par an. Toute hausse de prix se répercutera sur le terme R1 des abonnés marseillais : le combustible a déjà doublé entre 2020 (21,5 € HT/MWh à Aix) et 2025 (48,35 € HT/MWh à Montolivet).
  3. La fermeture de Fibre Excellence change la donne dans les deux sens : 1,2 million de tonnes de pin d'Alep perdent leur débouché, ce qui libère du bois à court terme, mais la filière d'exploitation (bûcherons, débardeurs, transporteurs) perd son client principal et risque de se contracter.
  4. La ressource existe sur le papier (3,1 Mm³ d'accroissement, 580 000 t de gisement supplémentaire, 620 000 t de bois d'industrie et d'énergie « techniquement disponibles » en 2030), mais la récolte réelle est retombée à 700 000 m³ en 2022, loin du 1,6 Mm³ visé par le PRFB ; la forêt est privée, morcelée, en relief, et sa productivité biologique baisse avec le climat. L'Autorité environnementale a jugé l'étude de ressource de Gardanne obsolète ; aucune étude équivalente n'est jointe aux rapports marseillais.
  5. Trois exigences à écrire dans la délibération ou le contrat : un plan d'approvisionnement à moins de 150 km, certifié gestion durable, communiqué à la Ville chaque année ; une part de biomasse plafonnée au profit de la chaleur fatale (12 MW à Sainte-Marthe, 2 GWh au datacenter de Saint-Louis pour le RCU Nord), de la géothermie et de la récupération sur les eaux usées ; une clause de révision du mix si le prix du bois dépasse un seuil, plutôt qu'un recours accru au gaz d'appoint.

6. Sources (dossier sources/)

Version texte (Markdown) · les pièces citées sont rassemblées dans le dossier de sources du collectif.